Non, Internet ne tuera pas la télévision ! Mais celle-ci doit prendre acte des changements d’usages

posted Jun 2, 2013, 12:38 AM by Nicolas Glady   [ updated Jun 2, 2013, 1:19 AM ]

A chaque apparition d’un nouveau type de média, on annonce la mort d’un autre. La télévision était censée faire disparaitre la radio, et Internet menacerait de mort la télévision. En vérité, ces médias ne sont pas menacés, puisque chaque média a sa place, son rythme, et son utilité. Il faut simplement que les médias « classiques » prennent acte des changements d’usages en la matière.

Plusieurs types de médias, plusieurs façons de les consommer

La radio et la télévision sont des médias de flux. Ils offrent en permanence du contenu, mais, avant la généralisation des technologies digitales, il n’était pas possible de revenir sur une émission ou un film pour pouvoir l’écouter ou le revoir après sa diffusion originelle.

Avec la délinéarisation, le fait de rendre un contenu accessible à n’importe quel moment, les habitudes de consommation des médias changent, et les médias doivent donc eux aussi changer. Là où les médias de flux restent parfaitement pertinents pour tout ce qui est lié à l’actualité, qui a une valeur d’usage très rapidement périssable ; les médias délinéarisés permettent eux de proposer – à la demande – des contenus qui s’inscrivent dans le plus long terme et qui ne perdront donc pas de valeur avec le temps.

Quel impact est-ce que ces nouveaux usages auront sur ce qui se lit, ce qui s’écoute, et sur l’audiovisuel?

Ce qui se lit

L’avantage de la lecture est que nous pouvons lire à notre rythme, au moment qui nous convient, sans déranger notre entourage, et qu’elle peut donc avoir lieu à la fois dans un endroit bruyant (dans un lieu public ou au bureau) ou dans un endroit qui nécessite du silence (le soir dans son lit ou dans une bibliothèque par exemple.)

Le délinéarisé lu : quoi, pour quoi, où et quand ?

Les livres, les blogs, etc. sont donc des médias délinéarisés qui se lisent.  Ils nous permettent d’adopter un rythme qui nous est propre, et offrent donc l’espace et le temps nécessaire à l’analyse, à la réflexion ou à l’introspection. Ils sont généralement lus lorsque l’on est chez soi, ou seul.

Le flux lu : quoi, pour quoi, où et quand ?

Twitter, Facebook, etc. sont aussi des médias lus, mais « de flux. » Ils font place à l’immédiat, à l’actualité permanente, et qui peut très bien être obsolète dans quelques heures... Pensons par exemple à l’usage qui en a été fait lors des récents attentats de Boston, ou régulièrement lorsqu’ils commentent des émissions de téléréalité… Ces médias peuvent être consommés à tout moment, et à la moindre occasion. Et donc aussi en parallèle d’autres médias de flux comme la télévision ou la radio.

L’impact sur les médias lus classiques

Pour les médias « classique, » il est temps de comprendre qu’une actualité qui date de plusieurs heures n’a plus de valeur à l’époque d’Internet. S’il s’agit de nouvelles sans analyse, il ne sert à rien de l’imprimer ou de la poster avec plusieurs heures de retard. Une nouvelle périmée n’en est pas une.

Ce qui s’écoute

Il y a beaucoup d’avantages à ne pas devoir regarder un média et se contenter de pouvoir l’écouter. Dans de nombreux cas, nous devons concentrer notre attention sur autre chose, et il est donc impossible de regarder un écran. Le contenu « qui s’écoute » sera alors parfaitement approprié.

Le délinéarisé audio : quoi, pour quoi, où et quand ?

Les podcasts, les audiobooks, la musique, etc. sont des médias délinéarisés qui s’écoutent. Que ce soit une émission radio téléchargée précédemment, ou l’enregistrement audio d’un livre, ces nouveaux usages ont de nombreux avantages. On pourra écouter un débat de fond sur une question d’économie, politique ou culturelle, ou encore écouter la lecture d’un livre. Ces médias sont souvent utilisés en voiture, où nous devons porter notre attention sur la conduite. Ou lors d’autres activités, comme pendant le sport, ou en faisant le ménage...

Le flux audio : quoi, pour quoi, où et quand ?

La radio est typiquement le média audio de flux. A nouveau, ce média de flux est très pertinent pour présenter les nouvelles et l’actualité. En pratique, la radio sera écoutée dans les mêmes moments que les médias audio délinéarisés (voiture, sport, etc.) mais les contenus seront eux différents puisque, à nouveau, il s’agira d’éléments plus proches de l’actualité...

L’impact sur les médias audio classiques

Sur le long terme, il n’y a pas de doute que ce qui n’est pas directement lié à l’actualité passera au délinéarisé. Des émissions comme L’Esprit Public peuvent très bien être écoutées avec plusieurs jours de retard, et les nouvelles générations préféreront sans doute passer leur dimanche matin à autre chose qu’à être bloquées devant leur radio ou même leur ordinateur…

Ce qui se regarde et s’entend : l’audiovisuel

L’audiovisuel enfin permet d’offrir une expérience beaucoup plus riche. En combinant le son et l’image, ces médias permettent des usages beaucoup plus immersifs, mais qui sont donc aussi beaucoup plus exigeants en termes d’implication pour leur audience.

Le délinéarisé audiovisuel : quoi, pour quoi, où et quand ?

Youtube, la VoD (Vidéo à la Demande), Netflix, etc. sont des médias audiovisuels délinéarisés. Ils permettent de proposer des contenus très variés, des clips, des séries, des films, ou des vidéos axées sur un thème particulier (par ex. les Youtubers), en passant par les vidéos de chats... On peut les visionner à tout moment, mais pas n’importe où. Il sera évidemment plus facile de les regarder chez soi, même si en pratique on sait que de nombreuses personnes utilisent ces médias durant leurs heures de bureau.

Le flux audiovisuel : quoi, pour quoi, où et quand ?

La télévision reste LE grand média audiovisuel de flux. Elle est particulièrement appropriée pour les événements liés à l’actualité ou qui se passent en direct, et, d’une manière générale, pour les émissions qui perdent de leur valeur une fois que l’événement à eu lieu. Par exemple on peut penser au sport, aux finales de téléréalité, ou aux directs « grands publics » qui parlent des événements de la journée ou de l’actualité d’une manière générale (comme par exemple Le Grand Journal ou C à vous.)

L’impact sur les médias audiovisuels classiques

Les grandes chaines de télévisions doivent absolument prendre acte des changements d’usages avant qu’il ne soit trop tard. Elles doivent se concentrer sur l’actualité pour le flux, et – avant que d’autres ne s’en charge - rendre accessibles via les modes de diffusion délinéarisée les films, vidéos et séries dès qu’ils sont disponibles. En ne le faisant pas, les acteurs historiques ne font qu’orienter une grande partie des consommateurs vers des modes d’usages alternatifs, et souvent illégaux. Une entreprise qui perd le contact avec ses clients finira toujours, tôt ou tard, par disparaître ou être remplacée…

En pratique : une succession de médias différents

En conclusion, à chaque média (lecture, écoute, et audiovisuel) et à chaque type (délinéarisé ou flux), correspond un type d’usage et un type de contenu. L’écrit nous permet d’adopter notre propre rythme de lecture, l’écoute nous permet de faire plusieurs choses en même temps, et l’audiovisuel nous permet une expérience plus complète et donc plus immersive. Chaque type d’usage permettant d’avoir accès à des contenus liés à l’actualité (en flux) ou qui s’inscrivent plus dans le temps long (délinéarisé.)

Pour montrer la diversité de ces usages, et leurs natures complémentaires, prenons l’exemple de Kevin Michu, employé de bureau de 28 ans. Kevin se réveille le matin au son de RTL. Il passe sur France Musique pendant qu’il prépare son petit déjeuner. Dans la voiture, vers son travail, il écoute un podcast sur les jeux-vidéos que son smartphone a téléchargé automatiquement la veille. En arrivant à son bureau, il vérifie d’abord ses emails et son fil Facebook, et répond à quelques messages. Pendant sa pause, il regarde les vidéos de chats rigolos que sa mère lui a envoyées. Au déjeuner, il poste sur Instagram les photos du repas qu’il a commandé. Après le travail, en allant vers sa salle de sport, il écoute un ou deux chapitres du dernier bestseller à la mode, puis sa dernière sélection Deezer en effectuant ses exercices. A la maison, après avoir diné, il regarde avec son épouse un débat politique ou un match de foot de Champions League. Quel que soit son choix, il ne manque pas de partager son avis sur Twitter avec les membres de son réseau ! S’il n’y a vraiment rien à la télévision, il prendra peut-être un film à la demande ; au moins, c’est un choix qui pourra plaire aussi aux enfants... Enfin, il va se coucher, non sans avoir lu sur sa tablette quelques lignes de son auteur favori avant de s’endormir.


Cet article a été publié sur Le Cercle des Echos le 02/06/2013.

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